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giornalismo

Le vrai défi du journalisme face à l’IA ?

Il 01.10.2026 da Genny Perron

Aujourd’hui, j’ai participé, dans une salle de la très belle UniVdA — je l’adore, je l’avoue — à une formation de l’Ordre des journalistes de la Vallée d’Aoste.

La rencontre avait en réalité été proposée par l’UPF, l’Union internationale de la Presse francophone, une organisation qui réunit depuis les années 1950 des journalistes et des professionnels des médias de l’espace francophone et qui travaille notamment sur les transformations de notre métier, le pluralisme et la liberté de la presse.

Le titre de la formation était : « Conférence formation au journalisme de proximité – L’expérience de l’Université de Vichy Clermont Auvergne ».

Lise Jacquez et Samuel Cuisinier-Delorme, enseignants à l’Université Clermont Auvergne, sur le site de Vichy, ont présenté le parcours qui forme les jeunes Français au journalisme de proximité : trois années où se croisent culture générale, écriture, radio, vidéo, web, réseaux sociaux, vérification des sources et pratique du terrain.

Un détail historique évoqué au cours de la rencontre m’a d’ailleurs donné envie de creuser davantage la question de la naissance et du rôle des écoles de journalisme en France. Mais ce sera probablement pour un autre article.

C’est surtout la deuxième partie de la conférence qui m’a frappée.

Au moment des questions et de l’échange avec le public, la dernière slide présentée revenait sur les fermetures de médias et les pertes d’emplois associées, entre autres transformations, à l’arrivée de l’intelligence artificielle dans les rédactions.

Hélas ! L’intelligence artificielle semble aujourd’hui concentrer sur elle tous les maux.

Et pourtant, j’ai souvent l’impression que nous continuons à l’aborder de manière incomplète. Trop souvent sur le mode de l’accusation : l’intelligence artificielle menace les journalistes, supprimera des emplois, remplacera une partie de la profession.

Je ne nie aucun de ces risques.

Mais cette façon de raconter le changement m’est étrangement familière.

Il y a quelques années, les coupables étaient les réseaux sociaux et, parfois avec eux, ceux qui travaillaient dans la communication digitale. À l’époque, je n’étais pas encore journaliste, mais responsable de communication. J’entendais déjà expliquer que Facebook, les réseaux sociaux et le numérique allaient détruire l’information.

Ils l’ont profondément transformée. Ils ont aussi créé de nouveaux problèmes. Mais ils ont également changé les pratiques, ouvert de nouveaux espaces et imposé de nouvelles compétences.

Aujourd’hui, face à l’intelligence artificielle, je retrouve parfois le même réflexe.

Et je continue à penser qu’il serait dangereux de regarder cette transformation seulement comme une menace.

Quelques semaines auparavant, mon agent AI du samedi — celui qui me propose chaque semaine une lecture sur les transformations du monde numérique — m’avait conseillé un article de la Columbia Journalism Review : In a Fast-Moving Crisis, What Is the Role of Journalism?, signé par Irene Romulo et Nina Weingrill.

Je l’avais trouvé particulièrement éclairant.

L’article racontait ce qui s’était passé pendant les inondations dévastatrices de 2024 dans le Rio Grande do Sul, au Brésil. Alors que les informations circulaient sur WhatsApp, les réseaux sociaux, dans les groupes de volontaires et les réseaux informels plus vite que les institutions ne pouvaient les gérer, les journalistes ne s’étaient pas contentés de raconter ce qui se passait.

Ils avaient vérifié. Clarifié. Relié.

Cette semaine, j’ai voulu aller plus loin et lire également la recherche de Nina Weingrill sur laquelle repose une partie de cette réflexion : Information Inequality in Climate Disasters: Evidence from the 2024 Floods in Porto Alegre – Brazil, réalisée à la Fundação Getulio Vargas.

Et c’est là, à mon sens, que le débat sur l’intelligence artificielle et celui sur l’avenir du journalisme finissent par se rejoindre.

Pendant les inondations de Porto Alegre, lorsque les systèmes formels de communication ne parvenaient plus à répondre aux besoins de la population, un réseau spontané s’est créé.

Les habitants signalaient ce qu’ils voyaient dans les quartiers. Les chercheurs mettaient à jour des modèles et des cartes. Les communautés traduisaient les alertes en indications concrètes. Les radios atteignaient les zones où les réseaux numériques ne fonctionnaient plus.

Et les journalistes vérifiaient les informations, les contextualisaient, les rendaient compréhensibles et les reliaient entre elles.

Weingrill parle d’une véritable intelligence civique.

Nous ne sommes plus dans un système où l’institution produit l’information, le journaliste la transmet et le citoyen la reçoit.

Nous sommes dans un écosystème où différents acteurs produisent de la connaissance et où le journaliste assume une nouvelle fonction au sein de ce réseau.

Et c’est ici qu’une question se pose.

Et si le rôle du journaliste était en train de changer ?

Cela ne signifie pas transformer le journaliste en militant. Ni abandonner la distance critique sans laquelle notre métier perdrait son sens. Cela signifie en revanche reconnaître que le journaliste peut être davantage que l’observateur qui arrive, regarde, recueille et raconte.

Il peut devenir un acteur de l’écosystème informationnel.

Actif non pas parce qu’il prend parti. Actif parce qu’il vérifie, relie, clarifie.

Dans une société traversée par une quantité d’informations sans précédent, le journaliste peut devenir une sorte d’étoile polaire : non pas quelqu’un qui dit aux autres ce qu’ils doivent penser, mais quelqu’un qui les aide à comprendre où ils se trouvent.

La recherche de Weingrill ajoute un élément que je trouve encore plus intéressant.

Lorsque nous parlons de fracture numérique, nous pensons généralement à l’accès : qui dispose d’une connexion, qui possède les outils, qui sait les utiliser.

Sa recherche propose d’ajouter une autre dimension : la production de l’information.

Les citoyens ne sont plus seulement des destinataires. Ils peuvent produire des données, des signalements, des connaissances du territoire. Ils peuvent contribuer à l’information utile à la communauté.

Et le journaliste ne perd donc pas de son importance parce qu’il n’est plus le seul à raconter.

Au contraire.

Plus la quantité d’informations produites augmente, plus nous avons besoin de quelqu’un capable de vérifier, de reconnaître ce qui compte, de relier les éléments entre eux et de les restituer à la communauté avec du sens.

C’est ici que je reviens à l’intelligence artificielle.

Si nous continuons à la regarder uniquement comme une machine capable d’écrire des articles plus vite que nous, nous avons probablement déjà perdu une partie de la bataille.

Parce qu’une machine écrira plus vite. Elle analysera davantage de documents. Elle retranscrira une interview en quelques secondes. Elle comparera des milliers de données dans un temps impossible pour un être humain.

La question devrait être différente : comment pouvons-nous utiliser tout cela pour mieux faire notre métier ?

Si l’AI peut prendre en charge une partie du travail répétitif, chercher des connexions dans de grandes quantités de documents, organiser des données, comparer des sources et nous aider à repérer des anomalies, alors le temps ainsi récupéré peut peut-être être utilisé là où le journaliste reste irremplaçable.

Sur le terrain.

Auprès des personnes.

Dans la construction des sources.

Dans la vérification.

Dans la compréhension du contexte.

L’intelligence artificielle ne rendra donc pas nécessairement le journaliste moins important.

Elle pourrait au contraire l’obliger à revenir à la partie la plus importante de son métier.

Et la question avec laquelle je suis sortie aujourd’hui de l’université ne concerne finalement pas le nombre d’articles qu’une machine pourra écrire.

Elle est beaucoup plus simple.

Quels journalistes voulons-nous être pendant que les machines apprennent à écrire ?

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Genny

Vivo tra i monti, sono curiosamente curiosa. Scrivo. Amo il jazz e il buon vino.

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